03/09/2017

LE CARAVAGE | LA PALETTE ET L'ÉPÉE (tome 1) (Milo Manara - 2015)

Glénat - 60 pages 
17/20   Deux maîtres pour le prix d'un ! 

    Milo Manara raconte dans sa nouvelle œuvre la vie sulfureuse du talentueux Caravage.
Michelangelo da Caravaggio est né à Milan en 1571. En 1592, il s'installe à Rome afin de lancer sa carrière de peintre.
Les débuts sont assez chaotiques. Le Caravage côtoie des cardinaux et aristocrates mais aussi des bandits et prostituées. Rome est une ville où tout peut arriver et l'homme en fait l'expérience à travers les relations qu'il entame.
Ce premier tome décrit son ascension dans l'univers des ateliers de peinture où élèves et maîtres travaillent durement sur la représentation de scènes vivantes et réalistes. Le Caravage est vite remarqué pour son talent et son aisance picturale. Mais son caractère ténébreux et bagarreur lui fait parfois délaisser les pinceaux pour manier l'épée et mener des combats dans les quartiers sordides de la ville pontificale.

  La vie de l'italien, à cheval sur les XVIe et XVIIe siècles, contient évidemment de nombreuses zones d'ombre. Manara rapporte ici certains faits historiques véridiques mais se glisse également dans les interstices de la biographie officielle pour romancer les aventures du célèbre peintre.
Les modèles artistiques et les prostituées sont bien sûr l'occasion pour l'auteur italien de dessiner des femmes plus ou moins dénudées. Honorablement, cela reste au service de l'histoire et ne fait pas office d'alibi pour sombrer dans un érotisme vulgaire. Par ailleurs, le nu est revenu en force à la Renaissance. L'attrait pour la culture antique et la beauté des corps ainsi que le désir d'exercer ses talents en représentant la morphologie humaine, sujet sans doute le plus difficile, sont les principales raisons qui expliquent la profusion de personnages dévêtus.
De ce point de vue, Manara ne pouvait manquer de rendre hommage à cet univers ! Le maître italien de l'érotisme dessine à merveille ses personnages. Son aisance au crayon n'est plus à démontrer depuis bien longtemps. Néanmoins, chacune de ses créations continue de fasciner le lecteur.
Osons le dire : Manara, à travers le 9ème art, poursuit le travail des grands peintres italiens. Et Dieu sait si l'Italie en était pourvue...

  Le seul gros bémol concerne la mise en couleur.
L'auteur de bande dessinée a délaissé l'aquarelle pour composer avec des teintes numériques. Cela se ressent fortement dans les premières pages où les ciels renvoient une froideur métallique. Les visages manquent aussi de profondeur. Les ambiances plus sombres dans la suite de l'album permettent d'atténuer ce désagrément.
Mais je ne comprends pas qu'une souris informatique puisse remplacer la douceur d'un poil de martre équipant un pinceau pour lavis. Surtout lorsque l'on se réfère à l'art du Caravage !

[Critique publiée le 03/09/17] 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire