27/10/2015

LA LISTE DE MES ENVIES (Grégoire Delacourt - 2012)

Le Livre de Poche - 183 pages 
8/20   L'argent ne fait pas le bonheur... 

    Jocelyne, mercière à Arras, est mariée à Jocelyn. Ils mènent une vie simple et assez routinière, chose qui semble tout à fait convenir à leur équilibre et à un certain bonheur.
Bien sûr, ils nourrissent comme tout le monde quelques rêves inaccessibles et doivent accepter le lot de contrariétés que la vie amène toujours : le départ de leurs deux enfants ayant quitté le nid familial pour partir « faire » leur vie, une relation amoureuse qui s'est étiolée avec le temps et qui ne possède plus la fougue et la passion des débuts, un mari qui aime un peu trop l'alcool, etc.
Jocelyne s'épanouit socialement avec deux copines, commerçantes elles aussi dans le même quartier, et à travers un blog qu'elle a créé afin de donner des conseils en couture ; celui-ci, les dixdoigtsdorconnaît un joli succès.
Poussée par ses deux amies, Jocelyne tente sa chance à l'Euro Millions. Elle remporte la coquette somme de dix-huit millions d'euros !
Elle récupère le chèque auprès de la Française des Jeux, le plie et le cache dans une chaussure en décidant de ne rien dire à personne malgré l'agitation qui secoue Arras lorsque la nouvelle s'y répand.
Jocelyne se contente principalement de faire des listes de ce qu'elle souhaiterait posséder en se demandant si cela contribuera à lui apporter du bonheur. À côté de cela, elle regrette de ne rien pouvoir améliorer au sujet de son père qui souffre d'une maladie lui causant une amnésie totale toutes les six minutes.

  C'est Jocelyn qui découvre par hasard le chèque et précipite le couple dans le chaos...

  Ce livre court possède évidemment une portée philosophique dans le sens où il fait réfléchir le lecteur sur la notion de bonheur.
Le bonheur est-il immatériel ? Argent et amour sont-ils compatibles ? Vivre l'instant présent est-il suffisant pour être heureux ? L'accumulation d'argent rend-il fou ?
Malgré le vaste horizon de réflexion ouvert par ce roman, j'ai trouvé son contenu étriqué. Le lecteur étouffe un peu dans le monde de Jocelyne qui semble gris, terne, chaque jour ressemblant au précédent. Même si cela est parfaitement crédible, j'aurais préféré découvrir un personnage plus empathique, plus passionné, plus expressif. La quasi-absence de dialogue contribue sans doute aussi à ce manque d'air.
D'autre part, la décision de Jocelyn est brutale, ses états d'âme lorsqu'il découvre le chèque ne sont pas assez développés à mon goût. Les conditions de survenue de la dernière partie du récit sont par conséquent trop légèrement évoquées.

  Bref, le rythme global manque de profondeur. La portée philosophique reste trop peu exploitée et est dépourvue d'ambition. La littérature permet d'aller bien plus loin. L'adage « L'argent ne fait pas le bonheur » est ici décliné sous une forme littéraire assez fade, manichéenne et naïve. L'auteur a un long passé professionnel de publicitaire, cela est-il un début d'explication ?
Succès public - il en faut pour tous les goûts -, le livre de Delacourt a été aussitôt transposé en film avec Mathilde Seigner et Marc Lavoine dans les rôles principaux. Gageons que celui-ci soit plus stimulant que le roman.

[Critique publiée le 27/10/15] 

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