01/01/2014

PARTOUZ (Yann Moix - 2004)

Grasset - 410 pages 
16/20   Moix est un auteur complètement allumé 

    Ce livre est totalement déjanté. Le lecteur retrouve le même type de délire que dans le génial Podium mais, cette fois-ci, le mythe Cloclo est remplacé par un mélange salace entre terrorisme et sexe. L'écrivain né en 1968 construit une théorie expliquant que les attentats contre le World Trade Center sont consécutifs à la frustration sexuelle de leurs auteurs.
Il est presque impossible de résumer ou critiquer un tel récit et de le classer dans un genre précis tant les digressions en tout genre, les théories incroyables, les analyses farfelues, les réflexions infinies, les exégèses hallucinantes foisonnent à chaque chapitre.
À nouveau, Yann Moix fait dans le Moix pur beurre. Et comme toujours avec lui, on aime ou on déteste. On se délecte de sa prose ou on jette l'ouvrage au feu. On jouit intellectuellement ou on est profondément choqué.

  La lecture de la table des matières peut constituer une bonne approche pour appréhender le contenu de cet ovni littéraire. Voici par exemple les titres de quelques chapitres que l'on peut y trouver :
« Romantiques ramasseurs de râteaux »
« Essaims de bites »
« Michel Houellebecq est un con »
« Adolf Hitler et ma mère »
« Vraies fraises vs. fraises Tagada »
« Suceuses céliniennes, fellations proustiennes »
« Astrophysique de la partouz »
« Posages d'IMLF »
« Poitrine rémoise de 1989 »
« Les gens laids »
Voilà, le ton est donné et je me suis abstenu de citer des titres bien plus explicites encore...

  Les oreilles prudes peuvent passer leur chemin car ici tout le champ lexical du sexe est ressassé à l'infini, trituré dans ses moindres recoins, étalé dans sa profondeur la plus crue.
Les relations avec les femmes sont présentées d'un point de vue évidemment masculin et Yann Moix énonce sans tabou ce que pensent beaucoup de ses congénères. Par exemple, il trouve interminable la diplomatie dont il faut longuement user avant de pouvoir coucher avec une fille : « Il fallait toujours recommencer à les séduire pour coucher avec, à échanger des idées, pour les niquer. C'était toujours elles qui gagnaient. »
Mais l'auteur va bien plus loin que cela dans ses analyses philosophiques, dans ses mises en scène loufoques, dans le portait acide qu'il dresse de la société. Car au-delà de propos souvent pornographiques, le lecteur saisit parfaitement la déchéance du monde moderne, le néant et la solitude dans lesquels baignent les sociétés occidentales. Ainsi, Partouz fait penser au Plateforme de Houellebecq mais avec un propos bien plus débridé et à la puissance de tir phénoménale.
Ses inventions permanentes de mots, ses énumérations sans fin, ses images sagaces, ses rappels biographiques à chaque citation de personnage, ses références redondantes à ses maîtres (Charles Péguy, André Gide, ...) constituent la marque de fabrique que l'on retrouve dans toute son œuvre et qui l'identifie de manière unique dans la création littéraire actuelle.

  Yann Moix - le protégé de Bernard-Henri Lévy, chose qui en agace beaucoup - adore provoquer, il en jouit même. Mais pour autant, le lecteur ne doit pas tout prendre au premier degré et doit savoir interpréter avec humour et décalage les propos détonants de cet auteur brillant.
La lecture du récit se fait facilement jusqu'au bout et l'inventivité de ses propos est épatante au premier, second ou troisième degré. N'est-ce pas finalement le principal ?
Pour conclure, voici un nouvel extrait où Yann Moix fait dans l'autodérision et n'hésite pas à dénigrer la littérature germanopratine, narcissique et bien souvent ennuyeuse, qui fait les beaux jours des salons de thé parisiens...
« Je ne me suis pas vraiment présenté. Je m'appelle Jean-Baptiste Cousseau, tout le monde m'appelle Couscous - je suis "écrivain". Je suis moins médiatique que des gens comme Frédéric Beigbeder (1965-....), Guillaume Dustan (1965-....) ou ce connard de Yann Moix (1968-....). Pendant qu'ils passent à la télé, pendant qu'ils ardissonnent, pendant qu'ils se dechavannent, moi je travaille. J'écris. Des livres très serrés : ils sont plus profonds que les leurs. Plus fouillés (ce n'est pas très difficile). Je les laisse à leurs "romans de rentrée", à leurs automnes, à leurs littératures pour fillettes, leurs alexandries-alexandras, leurs alexandrejardineries. Leurs jardins-à-la-française : ils écriraient sur l'art du bilboquet ou un Traité des verrues que ça reviendrait au même. Il ne restera rien d'eux. »

[Critique publiée le 01/01/14] 

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